Sylvain Tesson – « Dans les forêts de Sibérie »

Sylvain Tesson, c’est une éthique de vie alimentée par l’absolue nécessité de repousser les limites de la connaissance de l’âme et d’oser les défis les plus fous : « L’essentiel est de mener sa vie à coups de gouvernail. De passer la ligne de crête entre des mondes contrastés. De balancer entre le plaisir et le danger, le froid de l’hiver russe et la chaleur des poêles. Ne pas s’installer, toujours osciller de l’une à l’autre extrémité du spectre des sensations. »

On aime son audace, sa quête de l’impossible, sa sagesse, sa recherche de l’extrême. Un retour vers la nature, une nature dure, hostile, habitée par des marginaux et visitée par de grossiers chasseurs méprisant sa beauté onirique. On aime ses formules spontanées ou poétiques et imagées : « Le baromètre chute brutalement, j’entends siffler la cime des cèdres… » ou à propos de la solitude : « Les anachorètes oubliaient  le visage humain et quand un visiteur surgissait, nombre d’entre eux tombaient à genoux, convaincus de l’apparition d’un démon » ; ou quand le partage entre déracinés prend toute sa grandeur d’âme : « Ils m’ont vu de loin et se sont dirigés vers cette silhouette qui avançait le long de la côte. En quelques secondes, Natalia étend une couverture sur le linoléum noir du lac et y dispose du cognac, une tourte au poisson et une thermos de café. Nous nous allongeons autour. Les Russes ont le génie de créer dans l’instant les conditions d’un festin. »

On aime ses points de vue hors de la modernité imposée et acceptée : « Parfois, on aborde le thème de la ville et tout le monde se trouve d’accord : il faut être cinglé pour s’empiler les uns au-dessus des autres… ».

On aime son introspection : « D’où vient mon amour des aphorismes, des saillies et des formules ? Et d’où vient ma préférence des particularismes aux ensembles, des individus aux groupes ? De mon nom ? Tesson, le fragment de quelque chose qui fut, Tesson serait un être nostalgique de l’unité perdue, cherchant à renouer avec le Tout. Ce que je fais ici, en me saoulant dans les bois. » ou sa quête de justifier son travail d’écriture : « J’écris un journal intime pour lutter contre l’oubli, offrir un supplétif à la mémoire. Si l’on ne tient le greffe de ses fait et gestes, à quoi bon vivre : les heures coulent, chaque jour s’efface et le néant triomphe. Le journal intime, opération commando menée contre l’absurde. »

On admire son courage, sa force, sa ténacité, sa volonté à repousser les limites du possible. On comprend sa démarche quand il dit : « Il faut d’abord avoir souffert d’indigestion dans le cœur des villes modernes pour aspirer à une cabane fumante dans la clairière. Une fois ankylosé dans la graisse du conformisme et enkysté dans le saindoux du confort, on est mûr pour l’appel de la forêt. »

Une lecture enrichissante et émouvante.

Sylvain Tesson

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