Il y a 80 ans, l’été 1940

Le 25 août 1939, les russes signent avec l’Allemagne un pacte de non-agression. Le même jour, la Grande-Bretagne et la Pologne signent un traité d’alliance militaire. Les ambassadeurs de France et de Grande-Bretagne à Berlin font savoir à Ribbentrop qu’en cas d’attaque de la Pologne leurs deux pays seront à ses côtés. À Paris, l’Humanité, pour avoir approuvé, non sans quelque réserve, le pacte germano-soviétique, est interdite. Car les communistes ont de commun avec les nazis la haine du capitalisme, des juifs, de la démocratie, du parlementarisme et des bourgeois.

Hitler envahit la Pologne le 1er septembre 1939. Chamberlain, le Premier britannique, qui avait signé les accords de Munich en 38, annonce avec amertume que la Grande-Bretagne déclare la guerre à l’Allemagne. Il ne peut plus reculer face à Hitler qui s’est moqué de son ultimatum. Cette fois-ci, c’en est trop. L’Angleterre et la France, unis dans un traité, doivent honorer leur parole donnée aux Polonais. Mais ils ne font pas la guerre. Ce n’est que neuf mois plus tard qu’Hitler lance ses Panzers et envahit la France en contournant la ligne Maginot par la Belgique.

10 mai 1940. Paul Reynaud, qui a succédé à Daladier, démissionnaire, s’adresse à la nation :

« Trois pays libres, la Hollande, la Belgique, le Luxembourg, ont été envahis cette nuit par l’armée allemande. Ils ont appelé à leur secours les armées alliées. Ce matin, entre 7 heures et 9 heures, nos soldats, les soldats de la liberté, ont franchi la frontière. L’armée française a tiré l’épée. La France se recueille. »

Du 29 mai au 4 juin 40, les armées britannique et française du Nord, entièrement encerclées par les Allemands, tentent de gagner le camp retranché de Dunkerque que l’amiral Abrial a organisé. Sous un déluge de feu, la Royal Navy, aidée d’innombrables transporteurs, parvient à évacuer 235 000 Anglais et quand même 115 000 français.

Le 12 juin 40, le gouvernement ayant quitté Paris, déclarée ville ouverte, un conseil des ministres se réunit au château de Cangé, au voisinage de Tours. Plusieurs hypothèses sont discutées. Paul Reynaud appuie la suggestion du Général de Gaulle qui voulait rassembler tout ce qui restait de chars pour foncer dans le flanc des Allemands. Weygand affirme qu’il est trop tard. Alors Reynaud défend une nouvelle proposition de de Gaulle : organiser une retraite vers la Grande-Bretagne pour mieux se coordonner avec les alliés anglo-saxons, plutôt que de se replier sur Bordeaux.

Revenu de Londres, où il avait participé à plusieurs réunions avec Churchill, à la demande du Président du Conseil Paul Reynaud, de Gaulle apprend qu’une partie des ministres est favorable à la demande d’armistice, et même encouragé par Reynaud qui manifeste à présent de la pitié pour les combattants. Les britanniques s’inquiètent du sort de la flotte française : Sir Donald Campbell effectue une démarche auprès de Reynaud. L’ambassadeur britannique annonce que « suite aux démarches du Général de Gaulle à Londres, le Gouvernement britannique pourrait mettre à la disposition de la France tous les moyens de transports nécessaires au voyage de l’Afrique du Nord et à l’embarquement en Méditerranée de ce qui pourrait être sauvé. »

C’est alors que Laval entre en scène. Il s’installe dans le bureau d’Adrien Marquet, le maire et député socialiste de Bordeaux, et entreprend un brigandage du gouvernement élu. Avec l’appui des défaitistes il s’ingénie à faire valoir ses desseins de renversement des alliances par la signature d’un armistice sous la férule du Maréchal Pétain.

Le généralissime Weygand dresse alors au Président du Conseil, Paul Reynaud, un sombre tableau de la situation et exige un armistice immédiat compte tenu des « souffrances indicibles du soldat, sur l’odieux de laisser mourir en vain des braves, sur les misères des réfugiés et sur les risques du désordre généralisé ». Reynaud admit qu’il fallait arrêter les hostilités métropolitaines par les voies les plus rapides. Afin de garder au gouvernement toute latitude pour organiser la riposte à partir de l’extérieur, il propose que le « cesser le feu » émane du Généralissime, couvert par les instructions du Gouvernement qui en assumerait la responsabilité. Mais Weygand, tout de même général vaincu, refusa cette solution, drapé dans son orgueil, prétextant vouloir voir cesser la bataille partout !

Pour Reynaud c’est l’impasse. Il n’obtient pas de ses ministres une position consensuelle, qu’il défend, de continuer le combat à partir de l’empire. Il présente la démission de son gouvernement au Président de la République Lebrun, qui nomme le Maréchal Pétain Président du Conseil. Les tenants de l’armistice ont gagné.

Pour de Gaulle « cet armistice est non seulement une capitulation, mais un asservissement. Or, beaucoup de Français n’acceptent pas la capitulation ni la servitude pour des raisons qui s’appellent l’honneur, le bon sens, l’intérêt supérieur de la patrie ». Et il rappelle les accords pris par la France avec ses alliés de ne pas signer de paix séparé. Ainsi, déposer les armes sans l’accord des britanniques revient à répudier de fait ce traité. Or tout n’était pas perdu. La France avait subi une défaite par manque de moyens –  il savait de quoi il parlait depuis le temps qu’il expliquait que l’armée française devait se doter d’un équipement moderne de chars notamment ! – mais demain il était envisageable de reconstituer une armée bien plus puissante avec nos alliés qui seraient, à son avis, obligés d’entrée dans un conflit, qu’il prévoyait déjà comme mondial. De Gaulle n’aura que mépris pour ceux qui ont œuvré pour l’armistice et s’en souviendra.

Le 22 juin 40 c’est la signature de l’armistice. Rethondes, dans la forêt de Compiègne, c’est la revanche ultime d’Hitler. C’était là que le 11 novembre 1918 l’Allemagne, défaite, avait signé l’armistice. À présent, c’étaient les Français qui y concédaient leur défaite. Le général Huntziger, mandaté par le Président Lebrun, est traité sans aucune déférence diplomatique. Les termes du projet d’armistice ne sont pas négociables. Si une clause paraît floue on leur répond que ce sera à la Commission d’Armistice de Wiesbaden de l’interpréter. Seul point positif, la flotte française reste sous l’autorité du gouvernement Français.

Bordeaux étant en zone occupée, le gouvernement s’établit à Vichy. 10 juillet 40 : réunis en Assemblée nationale au petit casino de Vichy, sénateurs et députés, du moins ceux qui ont pu rallier la capitale provisoire de la France, votent l’article unique du projet qui suspend l’application des lois constitutionnelles jusqu’à la conclusion de la paix ; charge le maréchal Pétain d’assumer tous les pouvoirs et lui confie le soin de préparer une Constitution nouvelle, par 569 voix contre 80 et 17 abstentions volontaires.

De Gaulle est à Londres, sans mandat légitime, mais avec le soutien de Churchill qui l’a reconnu, même s’il est seul. La personnalité du général, son patriotisme, sa volonté, son courage ne laissent pas indifférent le lion britannique. Son verbe est d’une trempe allégorique et les formules sont percutantes. Il est un atout qui ne peut être négligé.

Les trois cinquièmes de la France sont occupés par les Allemands qui mettent en place une administration sans concession, méprisante et arrogante. Ils peuvent s’appuyer sur des Français qui les soutiennent et collaborent avec l’ennemi. Un pillage des richesses et des hommes s’organise.

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