Le projet de gouvernance mondiale

L’important pour les nantis est de régner sur un royaume. Car, peu importe le royaume, c’est la royauté qui compte. Le royaume peut être une nation, une région, un marché, une communauté, une collectivité, une confrérie, une corporation ou une association. Tout est connecté et inter dépendant. Tout le monde s’influence et joue sa propre partition pour défendre ses avantages ou son territoire. La nouvelle classe mondiale a ainsi ses réseaux d’influence et de corrompus à leur botte. Tout s’achète, même une organisation, quel qu’elle soit. Dans tous les empires ce processus a fonctionné de la même manière. Les maîtres du monde n’ont jamais perdu, sauf quand l’empire s’écroule et disparaît. Nous sommes arrivés à un point de rupture entre un modèle capitaliste qui sort chaque année des populations de la pauvreté, qui fait émerger partout des classes moyennes avides de consommation et un modèle néo-libérale qui ne tient plus compte de la volonté des peuples mais ne se soucie que de faire croitre les multinationales qui imposent leurs méthodes et concepts et manipulent les politiques.

L’objectif d’une gouvernance mondiale servirait leurs intérêts tout en affaiblissant les contestataires. Jacques Attali, dans « Une brève histoire de l’avenir » écrit : « La situation est simple : les forces du marché prennent en main la planète (…) si la mondialisation peut être contenue, sans être refusée, si le marché peut être circonscrit sans être aboli, si la démocratie peut devenir planétaire tout en restant concrète, si la domination d’un empire peut cesser, alors s’ouvrira un nouvel infini de liberté, de responsabilité, de dignité, de dépassement, de respect de l’autre. C’est ce que je nommerai l’hyperdémocratie. Celle-ci conduira à l’installation d’un gouvernement mondial démocratique et d’un ensemble d’institutions locales et régionales. » Malgré les circonvolutions de mise, l’idéale à atteindre de la nouvelle classe mondiale est d’avancer vers une internationale capitaliste qui dirige des citoyens dociles, disciplinés et adeptes du consumérisme divinisé.  Et lors de la pandémie du Covid-19, Jacques Attali en remet une couche sur cette nécessité d’œuvrer pour un gouvernement mondial : « La pandémie qui commence pourrait déclencher une de ces peurs structurantes dont il faudra tirer les leçons, afin qu’avant la prochaine – inévitable – on mette en place des mécanismes de prévention et de contrôle, ainsi que des processus logistiques de distribution équitable des médicaments et des vaccins. On devra, pour cela ,mettre en place une police mondiale, un stockage mondial et donc une fiscalité mondiale. On en viendra alors, beaucoup plus vite que ne l’aurait permis la seule raison économique, à mettre en place les bases d’un véritable gouvernement mondial.(Solidarités & Progrès, le 13 mai 2009).

Mais ce gouvernement mondial occidental ne va-t-il pas se heurter aux ambitions chinoises, elles aussi mondiales ? Le nouveau président chinois, Xi Jinping, qui s’est fait élire « président à vie », une pratique fréquente chez les dictateurs convaincus de la pertinence de leur projet transcendantal, de leur supériorité morale et intellectuelle, de leur légitimité justifiée par leur seule vérité propre, veut, lui aussi, dominer le monde. Xi Jinping, comme Mao, veut contrôler le monde ; le maitriser et imposer à son peuple une doxa incontestable. Son modèle c’est l’Union soviétique avec la puissance économique chinoise et les technologies des GAFA. Mao voulait créer un « paradis communiste » au niveau de la planète, mais il n’en avait pas les moyens. Xi Jinping, lui, les a. Sa stratégie est d’imposer une domination militaire et un régime totalitaire et devenir la première puissance mondiale en 2049. Un objectif qui va se heurter à la domination des USA. Pourrait-il remplacer le système occidental fondé sur l’état de droit et la puissance des marchés ?

L’organisation centralisatrice de l’Union européenne est l’amorce d’une gouvernance mondiale en imposant ses règles aux états nations. Ainsi, Viviane Reding, vice-présidente de la commission européenne, déclare : « Il faut lentement mais sûrement comprendre qu’il n’y a plus de politiques intérieures nationales. Il n’y a plus que des politiques européennes. » Doit-on le regretter ou y voir un espoir ? Doit-on croire que le politiquement correct européiste, qui accompagne ce néo-libéralisme, sera porteur de valeurs humanistes comme au temps du siècle des lumières ? Que le communautarisme prôné par cette nouvelle classe mondiale apportera amour et tolérance entre les peuples ? Peuples qui, néanmoins, résistent et refusent cette domination de la finance et des multinationales. Peuples qui ne font plus confiance aux politiques et éprouvent un sentiment de défiance, de perte de confiance, voire de tromperie envers ceux qui leur vendent un monde idéal dont tout le monde ne profite pas.

Ainsi ce sondage, de CEVIPOF, organisme qui ne se contente pas d’envois de mails à des prospects consentis, mais travaille et analyse avec sérieux les personnes qu’ils ont en contact, montre avec évidence et appréhension la défiance des citoyens envers la classe politique. Pour le sondage du 13 au 24 décembre 2018, des milliers de personnes ont été interrogées en direct avec application. Sondage qui révèle que « 81 % des sondés éprouvent soit de la méfiance, soit de la lassitude, soit de la peur, soit du dégoût à l’égard de la politique et des institutions politiques. Et pour 32 % des sondés c’est le « dégoût » qui domine. Le mot « dégoût » porte en lui une charge de mépris, de ressentiment ou de haine. Il explique à lui tout seul la violence des Gilets jaunes. »

Les Français rejettent le jeune Président de la République, Emmanuel Macron. Sa cote de confiance s’effondre à 20 % ! Celle de Marine Le Pen progresse en revanche de 8 points. Macron, par son attitude, ses petites phrases méprisantes, comme « les gens qui ne sont rien » et son arrogance irritent. En 2017 cet homme providentiel se présenta aux foules séduites par sa verve et son enthousiasme. Il cassait les codes anciens et apportait un esprit nouveau qui allait apporter un souffle rédempteur. « Pensez printemps ! », disait-il. Et il fut élu. Mais rien ne changea vraiment. Les réformes qui devaient briser les blocages de la croissance et la moralisation de la vie publique n’eurent pas vraiment lieu. Les politiques, donneurs de leçon, devraient être irréprochables et vertueux. Alors les citoyens sont en colère quand les députés refusent de voter une loi qui leur interdirait d’obtenir ou de garder un mandat législatif s’ils n’ont pas un casier judiciaire vierge ! Les esprits se sont échauffés à l’Assemblée nationale après l’abandon d’une promesse de campagne du président Macron, qui stipulait que « la loi de moralisation de la vie publique comprendra (…) l’interdiction pour tous les détenteurs d’un casier judiciaire (niveau B2) de se présenter à une élection ».

Alors que les députés préparaient l’examen du texte sur la « confiance dans la vie publique », présenté comme la première réforme phare du début du quinquennat Macron, le gouvernement a finalement opté pour une « peine complémentaire obligatoire d’inéligibilité », afin d’éviter un blocage d’inconstitutionnalité.

Le temps passant, les indicateurs économiques, croissance molle, dette, chômage et impôts en constante augmentation n’ont pas démontré de changement palpable. À trop se mettre en première ligne le Président a accumulé sur sa personne tous les mécontentements et exaspérations de ceux qui ne voient pas leur sort s’améliorer, voire même s’aggraver. Macron, agent de la finance mondiale et des multinationales, se heurte à une résistance des peuples.

Et puis, une explosion mondiale a eu lieu en janvier 2020 : la pandémie du Coronavirus. Un virus, venu de Chine, se répand à une vitesse vertigineuse et la moitié  de la population mondiale se retrouve confiné et ne peut plus circuler librement. Tout s’arrête, l’économie mondiale s’écroule, les nations se renferment sur elles même, chacun décidant de ses propres mesures de protection. On constate alors que les moyens préventifs adoptés, tant en Asie qu’en Europe, sont bien différents et n’offrent pas les même résultats. En France, une cacophonie des responsables politiques agace les citoyens. Le chômage et la dette explosent. Des secteurs entiers de l’économie, comme le tourisme, la restauration, l’hôtellerie, les petits commerces non alimentaires ou l’événementiel sont à l’arrêt.

Le Coronavirus remettrait-il les pendules à l’heure ? Les excès du capitalisme en sont-ils la cause divine ?

De ce fait le projet de gouvernance mondiale a-t-il du plomb dans l’aile ou se heurte-t-il tout simplement aux derniers soubresauts de peuples non encore totalement lobotomisés ? Le courant néo-libéral peut-il apporter les bonnes réponses ? Quelles peuvent être les alternatives ?

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