Conseil des sinistres

Le président Machepro ouvrit la séance. Les visages sont fermés, les regards inquiets, les mines pitoyables, car l’ennemi rôde, attaque, contourne et se joue des défenses terrestres autant que célestes. Le Premier sinistre, Jean Cache-sexe, arrive des studios de Boulogne où il jouait le facteur dans un film de Fernandel. Compte tenu de sa calvitie déjà largement faisandée et de ses lunettes de myope attardé, le bougre tentait d’avoir l’air contrit. Il avait fait accrocher au mur, récemment rénové par la douairière de l’Élysée, une carte des départements de France qu’il avait gardée dans son grenier, en 1958, lorsqu’il avait été reçu à HEC, les hautes études communales. Il avait gardé cette attitude niaise du crétin satisfait persuadé d’apporter au monde son intelligence de blaireau, si ce célèbre mammifère plantigrade, si apprécié des barbiers, veut bien m’excuser de cette métaphore foireuse.

Voilà plus d’un an que l’ennemi, le COVID19, un moment appelé la COVID, s’acharne sur nos populations apeurées, populations éprouvant une malsaine frustration de ne plus pouvoir consommer leurs biens inutiles et superfétatoires, d’habitude encouragées par les multinationales de la propagande sur consommatrice, et obligées de s’en tenir aux seuls biens nécessaires à leur survie. Fini le tourisme de masse, finis les festivals, les gay prides, les fêtes de la musique, les marches de fiertés, les manifs de la CGT, les blocages de rond-point par les gilets jaunes, les exodes estivales, les plages sur bondées et les embouteillages du week-end. Le temps est à l’enfermement, le cloisonnement, la muselière et l’ausweis gestapiste.

Le jeune président, champion incontesté de la parole inutile, de la logorrhée horripilante et de l’arrogance du technocrate insupportable entame son discours :

« Mes chers ami(e)s, voilà plus d’un an que cet ignoble virus, répandu par les antidémocrates chinois, s’est attaqué aux pays libres. Nous avons réagi avec fierté et nous nous sommes concertés avec nos alliés. Il est cependant triste de constater que les armes de défense massive, les vaccins, ne sont pas encore pleinement disponibles et que certains de nos partenaires ne jouent pas la solidarité. Les mauvaises nouvelles se sont rapidement répandues, aussi vite que le virus. Pour éviter un exode massif vers les campagnes, nous avons confiné la population là où elle se trouvait. Quelle aurait été la catastrophe si nous ne l’avions pas fait ? Je vous le demande ! »

À cet instant, le nouveau sinistre de la santé se permet d’interrompre le président :

« Votre clairvoyance fut grande, président ! » Le lèche boulles au regard perfide, trop content d’avoir réussi à virer la maquerelle qui le précédait à ce poste et dont le mari avait inauguré le laboratoire P4 de Wuhan, dont les mauvaises langues laissent entendre que le virus en est sorti, se permet de donner son avis sans qu’on l’y ait invité. Mais le vil flatteur pense qu’il lui faut courtiser le seigneur pour éviter de se faire accuser d’incompétence, tant l’épidémie continue de se répandre malgré ses décisions débiles et son incapacité à mettre en marche sa bureaucratie crasse.

« Oui, bon, Monsieur le sinistre de la santé. Mais l’important, à présent, est d’attaquer fort ! que proposez-vous ? »

Le facteur se lève, car c’est à lui, tout de même, de porter la bonne parole, d’apporter des solutions :

« Les renforts arrivent mais, néanmoins, vous pouvez voir sur cette carte que les départements suivants accusent une augmentation de cas positifs. Nous allons donc les confiner et interdire les déplacements de plus de dix kilomètres car le virus s’essouffle vite et ne peut pas rattraper une voiture lancée à 80KM/heure. Quel intérêt d’aller à plus de dix kilomètres de chez soi ? Amazon, Ubereats et Deliveroo sont là pour livrer les biens essentiels. Il n’est plus nécessaire d’aller acheter ses cassettes chez un disquaire, les milliers de chaînes numériques exploitées par nos multinationales qui nous financent sont là pour apporter l’abrutissement quotidien aux lobotomisés qui voteront pour nous. De plus, votre altesse, comme disait Tony Curtis dans Amicalement vôtre, nous fermons les terrains de sport, les plages et verbalisons ceux qui font du jogging, de façon à ce que le bon peuple continue à faire du gras et consomme toutes les sucreries fournies par nos amis de l’industrie agroalimentaire. N’oublions pas que plus les gens sont gros, moins ils pourront se déplacer dans des manifestations hostiles. »

Le président opine du chef, comme il se doit pour un maréchal, que voilà.

« Très bien. Où en êtes-vous avec les tests ? »

« Ils vont bientôt l’avoir dans le cul, votre éminence. Les Chinois commencent à expérimenter ce test analogique. »

« Parfait, quoi d’autre ? »

« Les complotistes s’épuisent. Nos déclarations contradictoires éprouvent la population qui n’y comprend plus rien et ne bronche plus. Tout est sous contrôle. »

« Parfait, la séance est levée »

Une réflexion au sujet de « Conseil des sinistres »

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