Europe libérale et France technocratique

L’Europe a décidé de briser les monopoles d’État partant du principe que la concurrence est dynamique et créatrice d’idées et de projets, alors que les monopoles sont sclérosés, peu réactifs, constitués d’un personnel bénéficiant d’avantages disproportionnés, qui coûte cher et dont les comptes sont en déficit chronique. Le seul moyen de changer cet état de fait est de privatiser ces mastodontes. C’est ainsi qu’en octobre 2018, les députés EN MARCHE ont voté la privatisation d’Aéroports de Paris, annulée depuis. L’opposition a chahuté dans l’hémicycle et manifesté son courroux sans honte alors qu’elle a passé son temps à tout vendre aux capitaux privés, depuis plus de quarante ans. Elle a poussé des cris d’orfraie, ce qui est un classique du genre du théâtre des apparences, pour faire croire au peuple que les règles démocratiques sont bien respectées.

En réalité, depuis Pompidou, ancien de la banque Rothschild, qui a fait voter cette loi scélérate obligeant l’État à emprunter aux banques et aux « marchés financiers », au lieu d’emprunter à zéro pour cent à la Banque de France, les gouvernements, quelque soit leur couleur, ont emprunté des sommes considérables auprès de ces institutions financières, à tel point qu’aujourd’hui la dette de la France est à plus cent pour cent du PIB national (120% depuis la pandémie Covid19). C’est à dire que pour rembourser notre dette, il faudrait que cent pour cent des revenus de l’économie française soient données aux banquiers pendant un an. Comme il y a des capitaux en quantité pléthorique qui cherchent des opportunités de placement, les obligations d’état sont d’une sécurité absolue. Quel serait le risque ? Le patrimoine des Français a doublé en 20 ans pour atteindre plus de dix mille milliards en regard de la dette de le France de 2.300 milliards d’euros. Quand un débiteur risque de ne plus rembourser son emprunt, on lui saisit son patrimoine. Comme l’emprunt de la France ne représente « que » 23% de son patrimoine, il n’y a pas de risque pour les créanciers de ne pas se faire rembourser. Le vrai problème pour les dirigeants français se trouve dans les intérêts de cette dette qui est la première dépense du budget de la France. Budget qu’on aimerait bien voir dépenser ailleurs, mais comme l’État dépense plus que ce qu’il produit, la dette augmente chaque année. Il y a bien les impôts pour faire rentrer de l’argent dans les caisses, mais il y a une limite aux prélèvements fiscaux, à savoir celle qui nuit à la croissance de l’économie du pays : fuite des entreprises qui vont investir là où la rentabilité de leur activité est meilleure, découragement des entrepreneurs, cadres et salariés qui ne comprennent plus pourquoi il faudrait se « défoncer » si c’est pour ne payer que des impôts !

Avec la pandémie Covid19, les confinements ont mis à l’arrêt des pans entiers de l’économie – restaurants, hôtels, événementiels, tourisme – et l’état a compensé, en partie, le manque à gagner des entreprises de ces secteurs en se finançant auprès de la BCE. Ce qui fait dire à certains que, puisque la BCE a pris à son compte les créances des banques sur les états, pourquoi rembourser l’organisme qui imprime la monnaie ? On commence donc à parler d’annuler les dettes.

La liberté de circulation et d’investir dans toute l’Europe n’échappe pas à ceux qui trouvent la contrainte fiscale trop anxiogène. La France est en danger au niveau fiscal, car les chiffres sont alarmants : le taux d’imposition en 2017 est de 47% en France pour 37% en Allemagne ou 28% en Suisse. Les dépenses publiques, en France, sont responsables de ce déficit permanent et les économies tardent à être mises en œuvre. Là encore, le pourcentage des dépenses publiques par rapport au PIB est de 57% en France contre 44% en Allemagne et 32% en Suisse. Et le déficit commercial français est de 68 milliards d’euros, alors que l’Allemagne a un excédent de 38 milliards d’euros. Pendant que la France perd de l’argent, l’Allemagne en gagne ! Ce qui montre bien que la France est mal gérée depuis des décennies malgré des atouts indiscutables. 

En France, l’entreprise est la vache à lait. Les largesses de sécurité sociale, d’allocations familiales et de pensions de vieillesse ne sont financées que par les prélèvements sur les salaires, que ce soient les cotisations salariales ou patronales. Et l’image entretenue de l’entrepreneur « voleur » contribue à l’appauvrissement collectif. Le racisme « anti riches » met tout le monde de l’entreprise dans le même panier – dirigeant de PME comme PDG de multinationales – mais sans avoir de ressentie pour le joueur de foot qui, lui, gagne des millions par an, sans créer d’emplois. Mais comme le disait Guy Carlier, chroniqueur à propos des faramineux salaires de ces joueurs, « Oui, mais eux, ils vendent du rêve ! » Que devrait alors gagner une infirmière qui soulage douleurs et âmes par son dévouement et sa présence auprès des malades dans les hôpitaux, Monsieur Carlier ? Il est des réalités qu’on ignore par lâcheté et par calcul. Les politiques ne raisonnant que par masse d’électeurs acquises ou à acquérir, comme les marqueteurs qui analysent leurs prévisions de vente en parts de marché qu’ils projettent de prendre à leurs concurrents. 

L’entrepreneur français, en très grande majorité, n’est pas obnubilé par le profit. Beaucoup travaillent plus, et avec ténacité, que le peuple des 35 heures. Ils prennent des risques, s’endettent mais ont l’obligation d’être performants, imaginatifs, attentifs aux opportunités qui peuvent se présenter, rigoureux, visionnaires et courageux. Autant de qualités qui ne sont pas apparentes ou évidentes chez tout le monde. Dans les années 80, l’émission « Ambitions » animée par Bernard Tapie ou le salon « Entreprendre », que j’ai créé avec mon ami Bernard Lepidi, ont contribué à encourager l’entreprenariat. Comme me l’a écrit Jacques Chirac le 30 avril 1986, alors nouveau Premier ministre du Président Mitterrand, formant ainsi la première cohabitation d’un président socialiste avec un chef du gouvernement de droite, à qui j’avais envoyé la brochure du futur salon : « J’ai bien reçu votre dossier « ENTREPRENDRE 86 ». En vous remerciant, je tiens à vous féliciter pour cette initiative, qui va dans le sens d’une des préoccupations prioritaires du gouvernement : la création d’entreprises et ses retombées sur l’emploi. »

Mais si la France entretient cette haine de l’entrepreneur qui réussit et s’enrichit, c’est à cause d’une classe politique qui n’a pas le courage de dire, et d’admettre, que, d’une part, la création de valeur et de richesse n’émane que des entreprises de toutes dimensions et, d’autre part, que tous ceux qui s’y essayent ne réussissent pas. On attend, mais en vain, depuis des décennies, des politiciens de bon sens et courageux, qui honorent ses entrepreneurs, ne les surtaxent pas et les encouragent à rester en France. On en est loin, et c’est pour cela que tous les clignotants économiques du pays sont au rouge : record européen des taxes, croissance faible, appauvrissement des classes moyennes et laborieuses, dettes de l’État et des collectivités locales abyssales, chômage en croissance, pauvreté indigne d’un pays développé. Et comme le disait Voltaire : « La politique est le moyen pour les hommes sans principe de diriger des hommes sans mémoire. »

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