Les leviers de l’envie

La jalousie et l’envie sont des travers bien exploités, tant par les politiques, que par les entreprises. Quand les politiques créent et maintiennent un impôt sur le capital, comme en France, avec l’ISF (impôt sur la fortune), qui incitent les Français à s’exiler, ce qui prive le pays de gens qui, en restant, investiraient et dépenseraient ici plutôt qu’ailleurs, ils ne font que jouer sur la jalousie des électeurs. Prendre le risque de supprimer l’ISF suffirait à perdre une élection. Emmanuel Macron a enlevé de l’assiette de l’ISF les avoirs financiers en ne maintenant que le capital immobilier. L’ISF est ainsi devenu l’IFI. Il en a immédiatement été critiqué et taxé de Président des riches, bien que son objectif était d’encourager les placements dans l’économie productive plutôt que dans l’immobilier. 

Ne taxer que l’immobilier c’est pénaliser à la fois la classe moyenne pour qui le patrimoine immobilier est son seul capital, mais aussi un secteur économique important dans la construction et la rénovation. Il est trop tôt pour savoir si cette disposition permettra de limiter l’expatriation financière et favoriser l’investissement dans les entreprises. Et rappelons qu’en 1986, Édouard Balladur, alors ministre des Finances, avait accompagné la suppression de l’ISF d’une amnistie fiscale et douanière pour les capitaux rapatriés (moyennant une taxe libératoire anonyme de 10%). Le succès fut mitigé et la dette politique ensuite lourde à porter. Comme l’avait proposé Michel Rocard dans son programme en 1988, le problème n’est pas l’ISF, mais les nombreux impôts sur le capital qu’il conviendrait de regrouper : droits de succession, imposition sur les plus-values immobilières, taxes foncières et ISF. Mais une fois Premier ministre, Michel Rocard n’en a plus parlé.
L’ISF est devenu une exception dans l’OCDE. C’est un impôt idéologique qui a une base étroite puisque les biens professionnels en sont exonérés. C’est aussi un impôt punitif. Il faudrait le supprimer car il conduit à la vente de nombreuses entreprises françaises moyennes et à la délocalisation de gros patrimoines. L’IFI a limité les dégâts : voir l’article des Echos IFI, quand le chef d’entreprise cesse son activité.
Pour que la France devienne compétitive avec ses voisins, il faudrait abaisser l’impôt sur les sociétés, qui atteint 36,5% en France contre 25% en moyenne chez nos voisins. Et bien sûr, réduire, comme cela a déjà commencé à être fait, le taux des prélèvements obligatoires. Il dépasse encore 45% en France alors que la moyenne européenne est de 41% et celle de l’OCDE de 37%. Cet impôt sur les sociétés au sein de l’Union Européenne favorise le dumping fiscal et les délocalisations de centres financiers de grands groupes à l’intérieur même de cette Union. N’y a-t-il pas là un oxymore ? Au lieu d’unir, l’absence de règles commune sur les taux d’impôt des sociétés favorise une concurrence, qui a non seulement un impact sur les rentabilités mais aussi sur les règles sociales.
Macron, sur le sujet de l’impôt sur le capital, qui en a exclu les produits financiers, répond à la demande de ceux qui possèdent le plus de patrimoine. D’une part les gros capitaux financiers peuvent rester en France et poursuivre leur business de trading à haute fréquence et, d’autre part, il répond aux adeptes d’une vie nomade, détachés de toute possession immobilière et sortie du culte du déjeuner du dimanche dans la maison familiale que l’on tente de préserver de génération en génération. Une obsession que l’on retrouve dans ses déclarations sur l’inexistence d’une culture française, qu’il faut éradiquer pour faire de l’Europe un grand marché de citoyens sages, discrets et dociles. Et comme tout ce qui les motive est d’avoir plus que le voisin, ils continueront à travailler dur pour gagner plus et dépenser plus. Les mondialistes peuvent se frotter les mains.
Cependant, cette disposition peut permettre d’éviter de nouveaux départs de personnes fortunées vers l’étranger, ce qui serait bénéfique pour le pays. Selon les chiffres du gouvernement relevés par Le Figaro, le patrimoine moyen de ces redevables s’élève à 3.019.404 euros pour un impôt moyen de 12.801 euros. Selon le très sérieux Conseil des prélèvements obligatoires (CPO), une institution associée à la Cour des comptes, 78 500 assujettis à l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF), soit un sur cinq, déclaraient moins de 51 000 € de revenus par an. Plus surprenant encore, près de 17 000 foyers font état d’un revenu annuel inférieur à 18 700 € alors que leur patrimoine (net) excède 1,3 M€ et est, de ce fait taxé, à l’ISF.

L’impôt sur le capital freine les investissements en France. D’après l’institut Coe-Rexecode « le total cumulé des patrimoines effectifs appartenant à des personnes soumises à l’ISF, expatriées pour raisons fiscales, actualisé en euros actuels (…) à un peu plus de 200 milliards d’euros. » La transformation de l’ISF en IFI en 2018 a ralenti cette émigration mais les milliards partis à l’étranger font bien défaut.

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