Pour Andreï Makine, académicien Français et Russe d’origine : « Cracher sur la Russie n’aidera pas les Ukrainiens »

Dans un article du Figaro Publié le 10/03/2022 l’académicien précise : « Je regrette que l’on oppose une propagande européenne à une propagande russe »

Qu’entend-il par là ?

D’abord qu’il ressent des sentiments de tristesse et d’incrédulité. Tristesse, car pour lui les Russes et les Ukrainiens sont cousins et, lui-même, a des amis proches Ukrainiens. Incrédulité, car, comme nous tous européens, nous sommes depuis près de 50 ans bercés par la croyance que les guerres en Europe n’auront plus lieu.

Comme bien d’autres personnes politiques ou penseurs, Makine rappelle que Poutine a été demandeur d’Europe au début des années 2000 et précise aussi que les Occidentaux ne devraient pas donner de leçons de moral à Poutine après les interventions au Kosovo, en Irak, en Libye et en Syrie :  » il faut garder à l’esprit le précédent constitué par le bombardement de Belgrade et la destruction de la Serbie par l’Otan en 1999 sans avoir obtenu l’approbation du Conseil de sécurité des Nations unies. Pour la Russie, cela a été vécu comme une humiliation et un exemple à retenir. La guerre du Kosovo a marqué la mémoire nationale russe et ses dirigeants. »

Makine précise aussi une vérité occultée par les médias : « Pour pouvoir arrêter cette guerre, il faut comprendre les antécédents qui l’ont rendue possible. La guerre dans le Donbass dure depuis huit ans et a fait 13 000 morts, et autant de blessés, y compris des enfants. Je regrette le silence politique et médiatique qui l’entoure, l’indifférence à l’égard des morts dès lors qu’ils sont russophones. »

Puis, il y a eu cette stratégie de l’OTAN d’installer des bases militaires proches de la frontière russe : « Poutine s’est durci à partir de 2004 lorsque les pays anciennement socialistes ont intégré l’Otan avant même d’intégrer l’Union européenne, comme s’il fallait devenir antirusse pour être Européen. Il a compris que l’Europe était vassalisée par les États-Unis. Puis il y a eu un véritable tournant en 2007 lorsqu’il a prononcé un discours à Munich en accusant les Américains de conserver les structures de l’Otan qui n’avaient plus lieu d’être et de vouloir un monde unipolaire. Or, en 2021, lorsqu’il arrive au pouvoir, Joe Biden ne dit pas autre chose lorsqu’il déclare que « l’Amérique va de nouveau régir le monde ».

Occulter ces vérités font preuve de manipulation de l’information et lui rappelle les méthodes de propagande de l’URSS : « On dit que « la première victime de la guerre est toujours la vérité ». C’est juste, mais j’aurais aimé que ce ne soit pas le cas en Europe, en France. » A ce manque de transparence des médias s’ajoute l’insupportable mise au ban de la société des artistes actuels ou anciens Russes : « Comment ne pas être révolté par la déprogrammation du Bolchoï de l’Opéra Royal de Londres, l’annulation d’un cours consacré à Dostoïevski à Milan ? Comment peut-on prétendre défendre la démocratie en censurant des chaînes de télévision, des artistes, des livres ? C’est le meilleur moyen, pour les Européens, de nourrir le nationalisme russe, d’obtenir le résultat inverse de celui escompté. Il faudrait au contraire s’ouvrir à la Russie, notamment par le biais des Russes qui vivent en Europe et qui sont de manière évidente pro-européens. Comme le disait justement Dostojevski : « chaque pierre dans cette Europe nous est chère ».

Enfin, Makine regrette l’évolution de l’Union européenne qu’il aborda dans une lettre au président Mitterrand en 1992 : « j’évoquais la construction d’une Europe qui n’avait rien à voir avec le monstre bureaucratique représenté aujourd’hui par Madame von der Leyen. Je rêvais d’une Europe respectueuse des identités, à l’image de la Mitteleuropa de Zweig et de Rilke. Une Europe finalement plus puissante car plus souple, à laquelle on aurait pu adjoindre l’Ukraine, les Pays Baltes et pourquoi pas la Biélorussie. Mais une Europe sans armes, sans blocs militaires, une Europe composée de sanctuaires de la paix. Les deux garants de cette architecture auraient été la France et la Russie, deux puissances nucléaires situées aux deux extrémités de l’Europe, chargées légalement par l’ONU de protéger cet ensemble. » 

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