Bernard Decré et L’Oiseau Blanc : À la recherche d’une vérité oubliée de l’aviation française

✈️ Deux Français avant Lindbergh ?

Et si les premiers hommes à avoir traversé l’Atlantique nord sans escale n’étaient pas américains, mais bel et bien français ? C’est l’hypothèse que Bernard Decré défend depuis plus de quinze ans, avec une ténacité rare. À travers une enquête quasi obsessionnelle, cet ancien navigateur et passionné d’aviation tente de réécrire l’histoire officielle : celle qui attribue à Charles Lindbergh, depuis 1927, la paternité du premier vol transatlantique sans escale entre New York et Paris.

Pour Bernard Decré, l’exploit revient à deux héros français, Charles Nungesser et François Coli, qui, les 8 et 9 mai 1927, auraient réalisé la traversée dans leur biplan L’Oiseau Blanc… avant de disparaître mystérieusement à proximité de Saint-Pierre-et-Miquelon. Soit douze jours avant Lindbergh.

Une enquête à la croisée des archives et des océans

Depuis 2006, Bernard Decré consacre sa vie à cette enquête à travers son association La recherche de l’Oiseau Blanc. Il explore, fouille, recoupe. Son périple le mène aussi bien dans les archives militaires françaises que dans celles des gardes-côtes américains. Il interroge témoins oubliés, plonge dans les fonds marins au large de Terre-Neuve, et reconstitue pas à pas le dernier vol des deux aviateurs.

Ce qu’il découvre est stupéfiant : selon des documents exhumés, l’Oiseau Blanc aurait bel et bien atteint les côtes de Terre-Neuve, mais aurait été abattu par erreur par les gardes-côtes américains, en pleine période de prohibition. Pris pour un avion de contrebandiers, le biplan – orné du sinistre emblème de Nungesser (tête de mort et tibias croisés) – aurait été canardé alors qu’il tentait de se poser.

️ Un début de reconnaissance officielle

En octobre 2017, Paris, dans un geste hautement symbolique, décide de changer l’inscription de la plaque de la rue Nungesser-et-Coli, dans le XVIe arrondissement. Fini la simple mention d’ « aviateurs disparus ». La nouvelle plaque affirme que les deux hommes « ont traversé l’Atlantique les 8 et 9 mai 1927 à bord de l’Oiseau Blanc », et qu’ils furent « naufragés devant Saint-Pierre-et-Miquelon ». Une révision de l’Histoire gravée dans le marbre, inaugurée en présence d’Anne Hidalgo, maire de Paris.

Ce geste marque une première victoire pour Bernard Decré, mais il ne compte pas s’arrêter là. Il souhaite convaincre les soixante communes françaises disposant de rues portant les noms de Nungesser et Coli de faire de même, pour que la vérité historique descende enfin dans les rues.

Une hypothèse controversée, mais plausible

Les thèses de Bernard Decré ne font pas l’unanimité. L’absence de débris, malgré plusieurs expéditions sous-marines, empêche encore toute preuve formelle. Pourtant, plusieurs experts considèrent son travail comme rigoureux, méthodique, et historiquement fondé. L’idée que l’Oiseau Blanc ait disparu non loin de l’arrivée, et non dès le départ, est désormais prise au sérieux par certains historiens de l’aviation.

De son côté, Decré émet aujourd’hui une hypothèse encore plus dérangeante : le tir américain n’aurait peut-être pas été accidentel. Était-il volontaire ? Était-il question de neutraliser un exploit français, qui risquait d’éclipser celui à venir de Lindbergh, héros en construction d’une Amérique en quête d’icônes ? L’histoire n’a pas livré son dernier mot.

✍️ Un combat pour la mémoire

À travers son combat, Bernard Decré ne cherche pas seulement à rendre justice à deux aviateurs oubliés. Il veut aussi réhabiliter une page de l’histoire française, injustement effacée par les récits dominants anglo-saxons. À une époque où la mémoire collective est saturée de légendes importées, il redonne une voix aux pionniers français de l’aéronautique.

Nungesser et Coli, glorieux survivants de la Grande Guerre, ne sont peut-être pas seulement « disparus en vol ». Ils seraient, selon Decré, les véritables vainqueurs de l’Atlantique, des héros injustement oubliés.

À suivre…

Bernard Decré poursuit ses démarches, soutenu par quelques élus, historiens et passionnés. Une reconnaissance officielle, nationale, voire internationale, reste à conquérir. Mais l’Histoire avance, et parfois, elle revient sur ses pas pour corriger ses silences.

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Commentaires récents

  • Bernard Ferrand
    5 août 2025 - 17h11 · Répondre

    Article très interessant, merci pour cet éclairage original sur un des grands mystère des pionniers de l’aviation.

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