Pendant des décennies, une partie de la gauche occidentale s’est construite autour d’un imaginaire révolutionnaire classique :
le prolétariat contre le capital, les peuples contre l’impérialisme, les dominés contre les dominants.
Mais avec l’effondrement du communisme soviétique et la disparition progressive de la classe ouvrière comme moteur politique central, un vide idéologique est apparu.
Ce vide a progressivement été comblé par une nouvelle grille de lecture : la pensée postcoloniale.
Désormais, le monde ne serait plus structuré par la lutte des classes mais par une opposition permanente entre l’Occident coupable et les peuples supposément victimes de son histoire.
😈 L’ancien prolétaire devient le colonisé. Le tiers-monde remplace la classe ouvrière. Et dans cette mécanique intellectuelle, une partie de l’islam politique est progressivement devenue, pour certains militants occidentaux, le nouveau visage de la résistance.
C’est cette convergence que beaucoup désignent sous le terme d’« islamo-gauchisme ».
Le phénomène repose sur une idée simple : toute critique de l’islamisme serait suspecte parce qu’elle viendrait d’un Occident historiquement dominateur.
Ainsi, des mouvements pourtant profondément conservateurs sur les questions religieuses, sociétales ou sexuelles se retrouvent parfois protégés au nom de l’antiracisme ou de la lutte contre les discriminations.
Le paradoxe est immense.
Des militants se réclamant du féminisme, de la liberté sexuelle ou des droits LGBT ferment parfois les yeux sur des doctrines religieuses qui défendent précisément l’inverse de leurs propres valeurs.

Le voile islamique, autrefois dénoncé comme un symbole de soumission dans de nombreux pays musulmans eux-mêmes, devient soudain en Europe un emblème d’émancipation au nom du “respect des identités”.
La contradiction saute pourtant aux yeux.
Dans de nombreux pays, des femmes se battent encore pour retirer ce voile. En Iran, en Afghanistan ou ailleurs, certaines risquent la prison ou la mort pour s’en affranchir. Pendant ce temps, en Occident, une partie des élites intellectuelles transforme ce même symbole en marqueur de diversité culturelle.
😵💫 Cette nouvelle lecture du monde repose également sur une forte culpabilité historique occidentale.
Le christianisme, le catholicisme, l’histoire nationale française ou européenne sont souvent présentés comme intrinsèquement liés à la domination, à l’esclavage, au colonialisme ou au racisme.
Dans cette logique, les nations occidentales deviennent coupables par essence.
La France, en particulier, est parfois réduite à son passé colonial. Son identité historique devient suspecte. Revendiquer une continuité culturelle française peut alors être interprété comme une forme de nationalisme oppressif. À l’inverse, les identités minoritaires sont encouragées, valorisées, protégées, parce qu’elles seraient celles des anciens dominés.
Cette asymétrie nourrit une fracture profonde.
Car à force de considérer certaines populations uniquement comme des victimes historiques, on finit aussi par leur retirer une part de responsabilité individuelle et politique. Toute violence devient alors réinterprétée comme une réaction à une domination passée : exclusion sociale, racisme, interventions occidentales, discriminations réelles ou supposées.
Le risque est considérable : excuser l’inexcusable au nom du contexte.
On retrouve cette ambiguïté dans certaines attitudes vis-à-vis de l’islamisme radical ou du terrorisme. La violence islamiste est parfois analysée moins comme une idéologie totalitaire que comme la conséquence mécanique des “provocations occidentales”.
☠️ L’Occident serait responsable jusque dans les crimes commis contre lui.
Dans le même temps, certains régimes autoritaires se réclamant de l’anti-impérialisme bénéficient d’une étonnante indulgence. Les dérives du Venezuela, la répression au Nicaragua ou certaines dictatures dites “progressistes” suscitent souvent moins d’indignation que les fautes des démocraties occidentales.
Comme si l’Occident restait le coupable absolu de l’histoire contemporaine.
La question d’Israël cristallise également cette tension. La critique d’un gouvernement israélien est légitime dans une démocratie. Mais chez certains militants, l’antisionisme dépasse largement la critique politique classique pour devenir une dénonciation existentielle de l’État hébreu lui-même, perçu comme une extension de l’Occident colonial au Moyen-Orient.
🇮🇱 C’est là que les frontières deviennent parfois floues entre antisionisme radical et résurgences antisémites.
Car si Israël est constamment présenté comme illégitime par nature, comme une “création occidentale” étrangère au Moyen-Orient, la critique politique se transforme peu à peu en rejet identitaire.
L’islamo-gauchisme apparaît ainsi comme une idéologie du moralisme permanent. Une vision du monde où chacun est renvoyé à son origine, sa couleur de peau, sa religion ou son passé historique. Le citoyen universel disparaît derrière les appartenances communautaires.
On ne juge plus les individus pour ce qu’ils pensent ou font, mais selon leur place supposée dans une hiérarchie historique des victimes et des dominants.
Le danger majeur réside peut-être là : dans le remplacement progressif de l’universalisme républicain par une fragmentation identitaire permanente.
Car une société où chacun se définit d’abord par son origine, sa religion ou sa mémoire blessée devient une société de blocs concurrents.
💁 Et lorsqu’une démocratie cesse de croire en ce qui rassemble pour ne plus voir que ce qui oppose, elle ouvre elle-même la voie à sa propre désagrégation.