Comment l’Europe s’est perdue dans un conflit qu’elle ne comprend plus
Depuis deux ans, l’Europe navigue en état de somnambulisme stratégique. Entre les déclarations martiales d’Emmanuel Macron, les mises en garde récurrentes de l’OTAN et la rhétorique d’“agression russe imminente” relayée par une partie des médias, un climat de guerre froide 2.0 a été recréé en l’espace de quelques mois.
Mais que se passe-t-il réellement derrière ces discours ?
Et surtout : jusqu’où l’Europe est-elle prête à aller dans ce conflit qu’elle n’a ni voulu, ni préparé, ni compris ?
Ce qui frappe d’abord dans les témoignages récents de militaires, de diplomates et d’experts du terrain, c’est la même ligne directrice : la guerre en Ukraine n’est pas seulement un affrontement territorial, mais le symptôme d’une faillite stratégique occidentale qui couvait depuis trente ans.
1. Une guerre pour exister : la tentation du “choc extérieur”
Plusieurs observateurs soulignent un phénomène inquiétant : l’usage croissant de la menace russe comme substitut à l’absence de vision politique.
Quand le débat public s’effondre, quand la légitimité s’érode, quand l’impuissance devient la norme, alors — comme le dit Jacques Baud — “ce n’est plus l’ami qui fédère, mais l’ennemi”.
En d’autres termes :
faute d’un projet collectif, on désigne un adversaire collectif.
L’Europe, orpheline de leadership, en crise de pseudo fédéralisme et victime d’un mondialisme inopérant, aurait trouvé dans la Russie un exutoire commode.
Car un ennemi, c’est simple. C’est clair. C’est mobilisateur.
Les années 30 l’avaient déjà montré :
l’ennemi, réel ou fantasmé, est toujours le refuge des pouvoirs vacillants.
2. La Russie, un danger surévalué ? Un fantasme stratégique européen
Les témoignages concordent : non, la Russie n’a pas les moyens de conquérir l’Europe, ni démographiquement, ni économiquement, ni militairement.
L’idée d’un Poutine déferlant jusqu’à Lisbonne est décrite par certains experts comme “un délire”, une construction politique autant qu’une peur infantilisante.
Ce fantasme sert trois objectifs :
- justifier la militarisation de l’Europe,
- souder artificiellement une Union européenne divisée,
- laisser croire que la politique étrangère française est encore influente.
Mais la réalité, elle, est crue :
“Si Chirac avait été là, il n’y aurait pas eu cette guerre”, dit Luc Ferry.
“Nous avons rejeté la Russie vers la Chine depuis trente ans.”
L’ennemi n’est peut-être pas celui que l’on croit.
L’erreur stratégique, si.
3. Le Donbass : la guerre que l’Europe n’a jamais voulu voir
L’un des points les plus occultés du débat public est rappelé avec force :
la guerre en Ukraine ne commence pas en 2022 mais en 2014.
- renversement de Yanoukovitch (Maïdan),
- montée des milices nationalistes, dont certaines aux idéologies extrémistes,
- révolte des régions russophones du Donbass,
- 15 000 morts avant même l’intervention russe,
- accords de Minsk jamais appliqués.

Pendant huit ans, le Donbass a brûlé dans l’indifférence quasi totale de l’Europe.
L’Europe avait la solution : Minsk I et II.
Elle avait l’opportunité : la médiation franco-allemande.
Elle avait l’obligation : éviter l’escalade.
Elle n’a rien fait.
Et, aujourd’hui encore, aucune autocritique.
4. Une armée ukrainienne sans cohérence face à un bloc russe cohérent
Plusieurs militaires soulignent un autre angle mort du récit médiatique :
le déséquilibre structurel entre les forces russes et ukrainiennes.
La Russie dispose :
- d’une doctrine militaire cohérente,
- d’un commandement unifié,
- d’une industrie d’armement stabilisée,
- d’un renseignement intégré.
Face à cela, l’Ukraine présente :
- un patchwork d’équipements hétérogènes (soviétiques, américains, allemands),
- des doctrines incompatibles,
- des formations disparates selon les pays,
- des milices volontaires ayant parfois leur propre agenda.
L’OTAN elle-même reconnaît aujourd’hui que les armées occidentales n’avaient plus combattu de guerre conventionnelle depuis plus de 30 ans.
Résultat : un enseignement terrible.
Nous avons donné des armes aux Ukrainiens, mais pas les moyens doctrinaux et opérationnels de gagner.
Une guerre pour survivre, pas pour vaincre.
5. Le retournement stratégique : l’Ukraine ne peut plus gagner
Même la presse ukrainienne le reconnaît désormais :
- les lignes ne bougent plus,
- l’Ukraine manque d’hommes,
- les stocks occidentaux sont épuisés,
- la Russie a une économie qui tourne,
- le soutien de la population russe ne s’effrite pas,
- les BRICS offrent à Moscou un horizon alternatif.
L’Ukraine a perdu la guerre, disent certains experts.
Perdu militairement.
Perdu démographiquement.
Perdu stratégiquement.
Et pourtant, l’Europe continue d’alimenter le conflit.
Sans stratégie de sortie.
Sans pensée de la paix.
Sans vision du lendemain.

6. L’Europe au bord du gouffre : un suicide stratégique ?
Les témoignages résonnent comme un avertissement :
“Une guerre avec la Russie, c’est 400 millions de morts.”
Pas une hypothèse de géopoliticien.
Une donnée physique.
Mathématique.
Thermonucléaire.
Personne ne gagne une guerre contre la Russie.
Ni avec des chars Léopard, ni avec Twitter, ni avec des illusions.
Alors, pourquoi persister ?
Parce que l’Europe ne sait plus exister sans un adversaire.
Parce qu’elle a perdu la maîtrise de sa souveraineté stratégique.
Parce qu’elle a transformé l’Ukraine en prolongement de ses propres fractures internes.
7. Le véritable enjeu : paix, négociation, et reconnaissance de la réalité
La conclusion qui se dégage de ces témoignages est sans ambiguïté :
La paix, pas la fuite en avant.
Non par lâcheté.
Non par “munichisme”.
Mais parce que la diplomatie sauve des vies là où la guerre en détruit.
Le tragique de la situation ?
Les Ukrainiens ont cru qu’on les défendrait.
Ils ont cru aux promesses de l’OTAN.
Ils ont cru à l’Occident.
Aujourd’hui, ils se retrouvent seuls sur un front qui avance inexorablement.
Et une réalité s’impose :
L’Europe n’a plus de stratégie pour l’Ukraine.
Elle n’a plus que des slogans.
Et les slogans ne gagnent jamais les guerres.
Conclusion : l’heure des adultes
Il est temps de sortir de l’enfance stratégique,
de la mythologie guerrière,
du réflexe pavlovien antirusse,
et des illusions diplomatiques.
Il est temps de reconnaître que :
- l’Ukraine ne peut vaincre militairement,
- la Russie ne peut être éliminée,
- l’Europe ne peut survivre à une escalade,
- la paix n’est pas un renoncement, mais un devoir.
Comme toujours en géopolitique :
on ne choisit pas ses voisins.
On choisit la manière de vivre avec eux.
Aujourd’hui, l’Europe doit choisir entre deux chemins :
- la paix négociée,
ou - la catastrophe stratégique.
Il n’y en a pas un troisième.
