Trump, l’Iran et le grand déclassement européen

Pendant des décennies, les crises du Moyen-Orient semblaient suivre un scénario immuable.

Les États-Unis conduisaient les négociations, les Européens s’invitaient à la table diplomatique, l’OTAN veillait en arrière-plan et les monarchies du Golfe s’alignaient plus ou moins discrètement sur les décisions prises à Washington.

Aujourd’hui, ce paysage paraît se transformer sous nos yeux.

Alors que les tensions entre les États-Unis, Israël et l’Iran atteignent un niveau inédit depuis des années, Donald Trump affirme privilégier une voie diplomatique parallèle, loin des schémas traditionnels. Ses interlocuteurs ne sont plus prioritairement Bruxelles, Londres ou Berlin, mais Riyad, Le Caire, Islamabad, Mascate ou Ankara.

À écouter les proches du président américain, une nouvelle architecture diplomatique serait en train de naître. Elle reposerait moins sur les institutions internationales que sur les intérêts économiques directs des États concernés. Le pétrole, le gaz, les routes commerciales et les investissements remplaceraient progressivement les grandes déclarations de principes.

Cette lecture mérite d’être examinée.

Car il est vrai que plusieurs pays du Moyen-Orient jouent désormais un rôle central dans les discussions autour de l’Iran.

L’Arabie saoudite, l’Égypte, Oman, la Turquie ou encore le Pakistan apparaissent comme des intermédiaires privilégiés capables de dialoguer simultanément avec Washington et Téhéran. Cette diplomatie régionale contraste avec l’effacement relatif des Européens.

Pour beaucoup d’observateurs, ce déclassement n’est pas un hasard.

Depuis la guerre en Ukraine, l’Union européenne a profondément modifié sa politique énergétique. En rompant avec les approvisionnements russes, elle s’est rendue davantage dépendante des importations de gaz naturel liquéfié et des fluctuations géopolitiques mondiales.

La guerre autour de l’Iran et les menaces sur les voies maritimes du Golfe rappellent brutalement cette vulnérabilité.

L’Europe découvre ainsi une vérité ancienne : en géopolitique, la souveraineté énergétique demeure un instrument de puissance.

Pendant ce temps, les États-Unis et la Russie revendiquent ouvertement leurs immenses ressources en hydrocarbures.

 

 

Qu’on le déplore ou qu’on s’en réjouisse, les grandes puissances continuent de raisonner en termes de pétrole, de gaz, de matières premières et de contrôle des routes commerciales.

L’écologie politique européenne se retrouve alors confrontée à une contradiction redoutable.

Peut-on accélérer la transition énergétique tout en conservant une influence stratégique mondiale ? Peut-on réduire sa production d’énergie fossile sans devenir dépendant de ceux qui continuent à l’exploiter ?

La question reste ouverte.

Cette évolution touche également l’Ukraine.

Depuis plusieurs mois, Volodymyr Zelensky multiplie les déplacements diplomatiques afin de maintenir l’attention occidentale sur son pays. Pourtant, la guerre avec l’Iran a déplacé le centre de gravité de l’actualité internationale. Les ressources militaires, financières et diplomatiques des États-Unis ne sont pas infinies.

L’inquiétude de Kiev est compréhensible.

Plus le Moyen-Orient s’embrase, plus le conflit ukrainien risque d’être relégué au second plan. Or l’Europe, confrontée à ses propres difficultés économiques et énergétiques, peine à apparaître comme un soutien autonome capable de remplacer totalement l’appui américain.

Derrière les événements de ces dernières semaines se dessine peut-être un phénomène plus profond.

Depuis la fin de la guerre froide, le monde était largement organisé autour d’institutions internationales, de règles communes et d’un ordre global dominé par l’Occident.

La vision défendue par Donald Trump repose sur une logique différente : celle des États souverains, des rapports de force assumés, des intérêts nationaux et des accords transactionnels.

Pour ses partisans, cette approche correspond au retour du réel après des décennies d’illusions mondialistes.

Pour ses détracteurs, elle risque au contraire d’accélérer la fragmentation du monde et le retour de la politique de puissance.

Une chose est certaine : la crise iranienne agit comme un révélateur.

Elle montre que le centre de gravité diplomatique se déplace vers les pays producteurs d’énergie, vers les puissances régionales et vers ceux qui contrôlent les infrastructures stratégiques.

Dans ce nouvel échiquier, l’Europe semble chercher sa place tandis que Donald Trump tente d’imposer sa propre lecture du monde : moins de normes, moins d’institutions, davantage de souveraineté, d’énergie et de rapports de force.

Le modèle Trump — Décryptage d’un leadership de rupture Marc Flandin

Ce que nous observons au Moyen-Orient n’est pas une série d’accidents. C’est l’expression d’un leadership forgé depuis des décennies — par l’influence d’un père bâtisseur, par la leçon brutale d’un avocat sans scrupules, par l’ambition d’un homme qui a toujours transformé le chaos en opportunité.

Dans cet essai, je retrace les racines profondes d’un phénomène politique sans précédent : comment Trump est devenu le communicant le plus redoutable de son époque, et pourquoi sa méthode redéfinit durablement les règles du pouvoir occidental.

 

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